RADICAL, -ALE, -AUX, adj. et subst.
I. − Adjectif  A. − Relatif à la racine, à l'essence de quelque chose.
1. Qui concerne le principe premier, fondamental, qui est à l'origine d'une chose, d'un phénomène.

Ils furent le feu. Ils naquirent au sol, bêtes au sol et solitaires. D’abord chatoyants, inoffensives étincelles. Dans la glaise, ils formèrent des projets, réunissant leurs muscles et leurs chairs en un seul foyer, ils s’accouplèrent.

Il y a des nuits, fulminant durant des nuits.

Ainsi confondus, dans la brûlure de l'autre, la douceur de la morsure, de frottements, d’échauffements, ils asséchèrent la tourbière.

À l’aube, ils léchèrent quelques pierres. Ils finirent par se dresser, ravagés, seule grande torche fougueuse. La tourbe ainsi préparée, ils cueillirent, rameaux et petits bois ; puis au hasard de pas, quelques glands, quelques châtaignes. Par l’odeur tenace de leur sang, ils capturèrent le phénix et la salamandre.

Dans chacun de leur ventre, la peur de se disperser, la peur de s’éteindre dans la sueur de l’autre. Ils décidèrent de ne plus s’étreindre par peur de manquer d’air.

Vint le jour où le souffre et le sel les unirent à nouveau. Sans s’anéantir, ils s’animèrent. Ils frappèrent, et l’enclume, le soufflet, et la lave de leurs corps ramassés. Du fond de leur forge, devenus puissance, ils s’élevèrent.

Dans les airs, d’abord quelques flammèches, quelques crépitements, ils contournèrent la futée de pins, se convulsèrent et se gaussèrent de les voir ainsi se tordre. Enfiévrés des essences, ils pensèrent que le temps était venu de se propager. Ils avaient su transformer toutes choses. Ils propagèrent : leur rouge, leur lumière, leur brûlant. Ils fondirent l’aubier des troncs, asséchèrent l’étang, calcinèrent des scarabées, se riant de leurs gaz, de leur vapeurs, de leurs cendres. Un rire gras suintant et puant le dévasté.

Ils consumèrent, à force de passage, jusqu’à se consumer eux-mêmes. Ils se consumèrent par ce qui les avaient nourri, qu’ils avalèrent avec sauvagerie, sans répit. Leur voracité fut leur perte, ils consumèrent ce qui les inspirait. Du tout il ne resta que dispersion.

Ils auraient pu être une lanterne, la flamme d’une chandelle, elles aussi verticales. Bien que contenus, ils auraient pu faire naître des idéaux et des rêveries.

Ils furent le feu. Ils naquirent au sol, bêtes au sol et solitaires. Ils dévorèrent. Ils engloutirent. Ne reste d’eux qu’un renouveau, dans leur étendue, le souvenir d’un brasier. Et la belette met bas. Un bousier roule sa pelote.

Texte Guylaine Monnier - Photographie  JC Monnier

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