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Séri-e des po.èm non-genr.s - Alexandra Saemmer

La littérature numérique n’existe pas, l’ambition littéraire étant en contradiction fondamentale avec le paradigme néo-liberal du numérique et de ses dispositifs d’exploitation. 

La littérature numérique est aussi peu un art populaire que les concours de chant organisés par TF1 ou les concours de cuisine sponsorisés par Materne.

 

Une littérature informatique existe éventuellement, une fois le texte débarrassé de l’emprise que le capitalisme linguistique des GAFAM exerce sur elle. 

Les GAFAM ont engagé une nouvelle forme de « grammatisation », rétroaction de la technologie et de l’économie, sur la langue. Cette mécanique de normalisation passe en outre par l’auto-complétion (Google, Microsoft…) et la traduction automatique (Google. Facebook…)

 

Les « mauvais usages », fautes, coquilles, parler de travers, entravent l’exploitation marchande des pratiques expressives par la machine. Il est alors urgent de les encourager.

La littérature informatique aura comme objectif de changer les coordonnées du numérique par sa poéticité même. 

La butée seule contre les bornes du dispositif ne suffira certes pas pour rendre littéraire cette littérature bornée.

Sa poéticité requiert un travail sur la langue, mais ce travail ne suffira pas non plus pour rendre la littérature informatique littéraire. 

Il s’agira de reprendre la main sur le sens.

 

Sur les réseaux sociaux numériques, cette reprise en main pourrait passer par la tentative de rendre le texte in-traitable pour la machine tout en s’adressant de nouveau au lecteur humain. Dans les marges de manœuvre, certes étroites, laissées par les plateformes marchandes, s’inventerait une nouvelle poétique des crypto-langages.

 

Les deux textes reproduits ci-dessous, avec leur traduction automatique en anglais par facebook (procédure en cours dans la seconde capture), fait partie de la Séri-e des po.èm non-genr.s publiés sur la plateforme depuis l’été 2018, suite au constat que la suppression des marqueurs du genre fait déraper le traducteur automatique. Des glitchs unicode ont été insérés pour renforcer le processus. 

Ces textes constituent du nonsensepour la machine. Leur traduction peut éventuellement receler sa poéticité propre. Mais il m’importe avant tout que ces textes fassent sens, pour le/la lecteur.e humain.e.